Les toilettes s’il-vous-plaît

Pas moyen de se faire ouvrir les toilettes sans devoir consommer. Une heure que je serre mes fesses à tourner en rond dans ce bled paumé pour trouver un endroit où chier, sans tout envoyer au fond de mon froc. C’est pour ça que je me retrouve ici, à commander une bière dans ce bar crasseux. L’endroit est tellement sordide, que j’en viens à me demander si ce ne serait pas plus simple d’aller couler un bronze directement dans un coin. Rien que d’aller de l’entrée jusqu’au bar, je peux sentir mes chaussures se coller au sol, un putain de bruit de succion à chacun de mes pas. Je ne suis pas en confiance quant à l’issue de ma survie,  la traversée de cette salle est aussi glauque que pitoyable, tout baigne dans une puanteur infâme. 

Je regarde un peu autour, histoire de voir où je viens d’atterrir. Et bien, je crois que j’ai débarqué chez les cinglés. On me lance des regards de travers, du genre qui me disent de faire gaffe à ne pas faire une connerie et qu’au moindre pet de travers je vais me retrouver la tête coincée entre les fesses d’un de ces gros culs poilus à devoir lui lècher la rondelle. Putain, je me fais un de ces films, si ça se trouve, un simple astiquage de manche pourrait faire l’affaire et le contenter. J’en conviens que mon jugement est peut-être un peu hâtif, mais ces quelques personnes assises dans la pénombre de ce bistrot, ne font pas grand-chose pour se mettre en valeur. J’ai la sensation de pénétrer dans le repaire des créatures les plus abjectes de l’espèce humaine. 

Après une épreuve digne d’un jeu télé à la con où l’humiliation est reine, j’atteins enfin mon objectif, je pose mon cul au bord de l’explosion sur un tabouret en fin de vie. Le bar est beau à observer,  aussi propre que la culotte de ma grand-mère incontinente. Mon regard est attiré par le portrait de Ulric Zelmourovitch, le débile qui aime bien se montrer à la télé, accroché au-dessus du comptoir. Une infâme verrue a élu résidence sur ce mur pour je ne sais quelle raison. Je n’y vois qu’une gerbe dégueulée par un tube cathodique à l’agonie, une tumeur cancéreuse qui se répand et semble gangréner le cerveau, enfin ce qu’il en reste, des habitués de ce bar. Sérieux, j’ai l’impression que mon existence prend un tournant auquel je ne m’étais jamais préparé. Un virage trop serré qui m’envoie tout droit dans le fossé, une tranchée d’où il est impossible d’en sortir sans la sensation qu’une balle perdue pourrait venir explorer ma cervelle.

La sueur perle sur mon front et j’ose à peine demander au patron de me servir un verre. Personne de sensé ne voudrait boire quelque chose ici, à par un gars  égaré comme moi, qui n’a pas la moindre idée dans quel merdier il vient de se fourrer.

Le premier contact me laisse présager un grand moment de solitude. Le gars me dévisage comme si j’étais un animal d’un zoo à la con, une espèce bâtarde dont tout le monde en a rien à foutre et qu’on se demande ce qu’on va bien pouvoir en faire. Ou bien alors, il est en train de me jauger pour savoir si je ferais l’affaire dans un de ces combats clandestins, qu’il doit organiser dans une pièce à l’arrière de son établissement. Bordel, ce lieu vibre méchamment dans mon crâne, il me fait imaginer des trucs foireux, alors qu’il va de soit que c’est sûrement un gars formidable, un type qui a le cœur sur la main. Bon, ce n’est pas parce qu’il a la même tronche que le boucher de l’Yonne que le bonhomme viole des handicapés moteurs au petit déjeuner pour se maintenir en forme pour le reste de la journée. Mais quand même, une gueule pareille ne devrait pas avoir le droit de se trouver derrière un comptoir. Il a des restes de bouffes collées sur sa face de cul et il va falloir que j’entame la conversation avec lui. 

Un exploit pathétique me fait parvenir à aligner quelques mots et  je me retrouve face  à mon demi, le sésame pour m’ouvrir la porte des toilettes. Et voilà qu’il commence à me causer. 

 « Émile, t’appelles comment toi ? »

Putain, le même prénom que le conducteur de bus qui a fini ses jours en taule. Si ce n’est pas une coïncidence ça, s’il me sort que son nom de famille est Louis, il est certain que je vais finir éventré dans une mare de sang sans avoir eu le temps de me soulager le colon. Je n’arrive même plus à articuler un mot, tout juste mon prénom, mon cerveau est en plein délire. 

 « Gontran » 

Pour couper court à notre sympathique conversation, je décide de déguster ma bière et tout me porte à croire que je vais morfler comme un porc qu’on envoie à l’abattoir. La noirceur crasseuse qui traîne au fond du verre me fait penser que l’inspection du travail n’est pas la bienvenue ici. Ma main en devient toute gluante, ces cons me font passer un rite de passage ou quoi ? Une gorgée, et la gerbe me monte direct aux narines. Putain, j’ai les nasaux en feu. Parvenir  à bout de cette bière va être un putain de miracle. 

Le temps de trouver une solution à ma situation foireuse et faire genre tout va bien, je prête une oreille à ce qui se passe à côté de moi. Des survivalistes discutent de l’avenir de notre société qu’ils voient s’effondrer dans un avenir proche.

 « C’est certain, les femmes ne pourront rien faire sans nous. »
« Putes ou soumises, il n’y a que ça d’envisageable si elles veulent survivre. »
« De toute façon tant qu’elles sucent ou se laissent enculer, moi ça me va. »

Bordel cette discussion pleine de sagesse, me rappelle que la dernière fois que j’ai effleuré le trou de balle de ma femme, j’ai failli en perdre ma bite. Elle voulait me la couper pour être certaine que je ne retente pas l’expérience. Mais pour le moment, il n’y a que mon propre avenir d’incertain. Comment je vais m’y prendre pour trouver mon chemin jusqu’aux toilettes dans ce cloaque? 

J’ai bien essayé de demander au patron de m’indiquer la direction des chiottes mais j’ai quasiment rien compris à ce qu’il m’a répondu. A quoi pouvais-je m’attendre d’un type qui beugle comme une vache en train de se faire enfiler par l’avant bras d’un vétérinaire en manque de sexe.

«…fond du couloir…», la seule chose que j’ai réussi à capter. Le gars a l’élocution d’un de ces connard des réseaux sociaux, ça n’en finit pas de brailler mais au final on n’y comprend rien à toute cette merde qui sort de sa gueule. Il ne fait plus aucun doute que je vais devoir partir à l’aventure. J’abandonne mon verre à peine entamé, comme un enfant attardé qu’on larguerait dans une station service tenue par un couple tout droit sorti d’un remake de Massacre à la tronçonneuse.

Je me retrouve debout, sans pitié pour mon ventre qui se tord dans tous les sens, un supplice pour mon anus qui fait de son mieux pour retarder l’inévitable. J’avance vers le couloir avec l’assurance d’un condamné à mort. Ma démarche est fébrile, mon cœur bat à fond la caisse et je veux me barrer de là au plus vite. 

Je n’y vois pas beaucoup avec cette lumière tamisée, mais je remarque qu’une femme occupe quasiment toute la largeur du passage. Une espèce mutante dotée d’une gigantesque poitrine, taillée pour  dégommer de la pastèque à la chaîne dans une usine de jus détoxifiant vendu à  des adeptes d’un gourou à la con. Et en un clignement de paupières, la situation m’échappe, toute la réalité de cet instant irréel me frappe en plein visage. Je me retrouve plaqué contre une porte, à faire face à cette bête inhumaine. Son sourire me terrifie, sa sueur dégoulinante me plonge dans une moiteur infernale. Elle me parle, je ne comprends rien, le moindre mot qui sort de ses entrailles s’écrase sur mon visage sous forme salivaire. Son bras glisse derrière moi vers la poignée, pour la saisir, et me voilà embarqué dans une pièce qui respire la mort. 

Tout s’enchaîne à une vitesse démentielle. Elle referme la porte sur notre passage d’un coup pied plein d’expérience. Le claquement me pétrifie de terreur, me voilà coincé entre le bord d’un lit et cette abomination. Je viens d’atterrir dans une chambre, tout ça n’a pas le moindre sens. 

Elle commence à se déshabiller en me regardant droit dans les yeux. Bon sang, elle ne voit pas que je suis terrifié, que je suis pas l’homme de la situation ? Ne devrait-elle pas faire appelle à un de ces survivalistes adepte de la sodomie pour la satisfaire ? Il est évident que le romantisme s’est barré pour se suicider. Je n’ai jamais autant souhaité crever qu’à cet instant, son effeuillage sans grâce me retourne l’estomac. Je morfle comme un dingue à tenter de ne pas perdre connaissance. 

Sans me prévenir, mais à quoi pouvais-je m’attendre d’autre, elle m’envoie sur le lit d’un geste agacé. Je me retrouve allongé sur le dos. Sous le poids de ma chute, un ressort du matelas a bien failli me déflorer la rondelle, qui n’attends que ça, pour ouvrir les vannes de mes intestins remplis d’un torrent de merde.

Je suis incapable de me défaire de son emprise, de sa force digne d’une catcheuse professionnelle qui carbure à la dernière drogue en vogue pour tout amoureux qui se respecte de la gonflette sous intraveineuse. La situation est de plus en plus ridicule et prend un tournant vraiment effrayant. Nue au-dessus de moi, elle décide de me chevaucher pour me baiser, ça ne fait plus aucun doute qu’elle veut s’accoupler avec moi. J’en viens à prier qu’un avion vienne s’écraser sur ce bar pour anéantir toute cette barbarie qui se déroule ici bas. 

Elle transpire à grosses gouttes et moi je suis de plus en plus dans le mal avec mon bide qui va pas tarder à entrer en éruption. Mon ventre gargouille de plus en plus, des crampes me cisaillent les boyaux de part en part. Je n’en peux plus, je me lâche sans retenue et un tsunami de merde déboule furieusement.

Son regard se crispe à la vue de la traînée marron qui se répand sur les draps. Je m’en donne à cœur joie, impossible de revenir en arrière, de me retenir. Mon anus est en feu, mon sphincter, à l’agonie, émet ses derniers râles avant de rendre l’âme. L’odeur est insoutenable, pour ainsi dire, un cadavre en décomposition passerait inaperçu. Elle se met à gueuler comme une dingue dans une langue à la mélodie assassine. Pas besoin de comprendre ce qu’elle dit pour capter qu’elle n’apprécie pas des masses le spectacle que je lui offre. La scène est ridicule, je suis embourbé dans mes propres excréments et elle, assise sur moi, gigote dans tous les sens. Ses seins sont si près de ma tête que je sens qu’ils vont me péter quelques dents au passage. 

Bordel, il faut que je me tire de là avant de me faire trancher la tête ou encore pire, qu’elle m’oblige à bouffer mes propres déjections pendant que je la baise avec ma bite en état de mort cérébrale. La bonne morale est vraiment la seule chose qui a eu l’honneur de se faire culbuter dans cette chambre. 

J’essaie tant bien que mal de me rappeler mes cours d’éducation civique pour savoir ce qu’il est recommandé de faire dans de pareils cas. Mais, je crois que j’ai franchi la frontière du civisme en pénétrant ici et en faisant mes besoins dans leur nid douillet. Je bafouille deux trois trucs pour essayer de m’expliquer, de calmer le jeu mais elle ne veut rien entendre. Elle se lève et se dirige vers la porte, sans prendre le temps de se rhabiller. Totalement nue, elle s’éclipse dans le couloir en hurlant je ne sais quoi. Je sens le sol trembler sous le poids de sa course, chacun de ses pieds semblent vouloir péter les lattes du plancher pour se défouler de ce qu’il vient de lui arriver. 

Je profite de l’occasion pour me barrer de cet enfer. Je sors de la chambre et cours vers le fond du couloir avec mon pantalon qui me colle aux jambes. Derrière moi, j’entends un bout de conversation.

 « Qu’est ce qu’elle a encore foutu cette grosse tarée, putain de merde, c’était pas un client ! » 

Pas le temps de chercher à comprendre de quoi ils causent. Une porte se présente à moi avec tout l’espoir qui l’accompagne, je l’ouvre sans aucune hésitation. 

Je me retrouve enfin dehors, face à un doigt d’honneur fièrement dressé devant moi. Un cabanon, avec écrit dessus toilettes, est posé dans l’arrière cour, à moins de dix mètres de ma voiture. Là où je me suis garé en arrivant dans cet endroit de détraqués. Putain, mon existence est une sacrée farce, tout ce chemin pour arriver quasiment à mon point de départ. 

J’avance piteusement, faire face à cette situation, alors que je viens de tout lâcher dans mon pantalon, est humiliante. Je pourrais me diriger vers ma voiture pour me tirer de là, mais je n’ai plus de dignité. Je me dis que je vais y aller quand même, histoire de voir s’il n’en reste pas un peu au fond de mon cul.

À peine assis sur le trône, j’entends des sirènes de police qui se rapprochent. Le son se précise de plus en plus et il est évident qu’ils vont débarquer ici d’un moment à l’autre. 

Une minute s’est écoulée, le temps pour moi de m’arracher l’anus en un dernier baroud d’honneur, et pour eux,  de débarquer pour mettre fin à tout ce délire. 

Putain, c’est quoi ce nom de bar en plus, Chez Bender et Ponpon, je voudrais bien savoir qui sont ces deux connards. J’entends des policiers se rapprocher de moi, je vais pouvoir leur expliquer ce qu’il se passe dans ce lieu de dépravé et enfin pouvoir rentrer chez moi. 

***

[Extrait de journal] 

“Grouville-Sur-Orge, le 28 Février. 

L’établissement, Chez Bender et Ponpon 
à été fermé pour pratiques clandestines.
En effet, de la prostitution y était organisé
 au grand dam de la population locale.
 Par ailleurs, des combats illégaux se déroulaient
 dans le sous-sol du bistrot. 
On parle même de trafic d’être humain,
mais cette dernière information reste à confirmer. 
La ville va pouvoir retrouver sa quiétude 
d’autrefois après cette enquête policière 
de plusieurs mois qui a permis le démantèlement 
de ce réseau criminel. Nous avons appris 
également qu’un client 
d’une des prostituées du bar avait été arrêté 
et placé en garde à vue. L’homme a été retrouvé, 
caché dans des toilettes. Pour le moment, 
les forces de l’ordre n’ont rien pu en tirer, 
à cause de l’incohérence de ses propos. 
Son état physique des plus déplorables
 laisse craindre des pratiques sexuelles
 immorales et dégoûtantes. 
Nous reviendrons plus en détail
sur cette affaire sordide dans une prochaine édition. ”
 

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